Je n’ai jamais eu l’image des enfants. Je n’ai jamais pleuré. Le stylo au bout des doigts, j’écris le modernisme journalier. Dans les trains qui vont crever les abcès de villes,
les voyageurs dorment,
et rêvent. Chaque traverse, Chaque rail, me projette de plus en plus loin, de clocher en poteau télégraphique, de ciel en ciel. J’aurai vécu comme un homme
dans des horizons toujours différents.
Je suis devenu un incident, une cause. Une cause en bonne santé. Je me moque de savoir où commence la terre. Océans, temples, fleuves profonds, Bénarès. La cathédrale des mots s’effondre. Pars, cours, arrête-toi, regarde ! Toutes les tuyauteries du monde hurlent dans les couloirs du rêve. Bolivie, îlot perdu. Pérou, chapeau melon. Panama, canal intraveineux. Regarde les grands magasins. Vertige. C’est de la couleur, et c’est autre chose aussi. Comme un visage détruit, ridé, buriné par tous les soleils. Amputés, comme l’étoile épinglée sur le dos d’un juif.
La Chine est un empire dramatique. Malte, une sirène en rut, un gong, une fleur cassée dans un vase,
un éclatement.
Je n’ai rien à dire sur le Christ. Rien non plus sur Bonaparte. Mes amis sont des chevaux emballés. Whitman, Cendrars, des brûlures. Goya, un œil.
Le plus difficile, c’est de s’arracher au continent de l’amitié. Partir. Sans nom sans souvenir.