nous sommes, et les autres, par quelle force enchaînés.
Sommes-nous, vous ici, pour mémoire, à chuchoter des récits, des légendes, nous sommes, et les autres, des cris !
Ils sont. Du fond d’eux remontent des tempêtes que leurs poitrines soufflent, que leurs bras retiennent.
Derrière leurs paupières, rêvent-ils encore ?
Et demain, immobiles, ils diront à leur tour leur histoire.
Écoutez ! Regardez !
Quelle force les a ainsi noués et rassemblés à chercher le mot juste. Étonnement, disent-ils !.
Et les uns et les autres remontant les horloges, appellent.
Répondez ! Dites-leur que nous aussi, ici même, attendons et cherchons à savoir qui nous sommes,
à franchir cet instant qui bat en nous, en nous mesure l’atome et le cosmos, élevant à l’avenir des monuments, des gestes, forteresses de certitudes.
Ils taisent, mais nous les entendons, répètent.
Tenez ! Tenez ! Tenez !
Nous ici, océans enchaînés, plaines à l’horizon des amas et des gouffres posés sur le bord de nos lèvres, cherchons de fragiles passerelles, des mots.
Ils sont là, comme nous, à mesurer l’espace à l’aune des regards, gouttes de sang, battements d’ailes, ressacs,
aubes où naissent les ombres provenant d’étendues infinies.
Écoutez les rumeurs du silence.
. Ils prient, s’enlacent, dansent, crient, pleurent ou chantent, des couteaux dans les mains.
Alors, voici que, rêves uniques, mémorables, surgissent dans les villes des tours vacillantes, que montent à l’angle des boulevards des murs en ruines, des cheminées, que, passé le portail, des voyageurs s’en vont portant leurs souvenirs, blessures douloureuses, incurables.
Et c’est le vent qui passe, la pluie qui tombe, la poussière qui vole.
Eux, en haut, derrière les portes, écrivent, se racontent, laissent des traces, notes de l’éphémère et fragile présent qu’ils découvrent.
Hâbleurs impénitents,
ils s’affairent, oublient.
Écoutez-les ! Dieux qui tendent les mains, ils cherchent hors des miroirs leur naissance incertaine. Sont-ils, ceux-là, pris au même destin ?
Sommes-nous d’eux, somme de nous ? Héros de l’univers mythique, nous inventorions les étoiles, les rues, les coquillages, les maisons, et sur la paume de nos mains dessinons cartes, atlas et plans où installer nos vies.
J’entends, entendez, ils arrivent. Admirez leur unique course, louez leur innocent courage, ils s’ignorent d’impuissance et d’audace. Ils nous ressemblent.